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News

Dr Hadj Mohamed Benia. Chercheur à l’UFAS et inventeur d’un nouveau gant médical :

«Nous souhaiterions que le port de nos gants devienne l’une des recommandations de l’OMS»

KAMEL BENIAÏCHE

29 AVRIL 2020 À 9 H 21 MIN

Directeur de l’unité de recherche en nanosciences et nanotechnologies (URNN) de l’université Ferhat Abbas Sétif I, le Docteur Hadj Mohamed Benia, invente, en plein guerre sanitaire contre le COVID 19, un atypique gant médical. Bardé de diplômes et d’une carte de visite étoffée par des publications et travaux reconnus, le jeune chercheur de 43 ans, a accepté de parler en exclusivité à El-Watan Etudiant.

-En quoi le gant désinfectant que vous proposez est-il spécial ?

Les gants que nous proposons sont destinés à réduire la propagation des maladies contagieuses ou les germes, comme le Covid-19. La surface de ces gants est fabriquée d’un matériau absorbeur de liquide. Imbibée d’un désinfectant ou gel, la surface reste humide pendant un temps relativement long. Au contact des parties infectées, le gant les humidifie avec le désinfectant. Avec une telle méthode, le gant reste stérile et sa surface est désinfectée.

-Le Covid-9 est pour quelque chose dans votre intervention ?

La transmission des germes à travers les mains est un facteur très important dans la contamination. C’est d’ailleurs, en se lavant les mains avec un désinfectant que le docteur Hongrois Ignace Semmelweis (1818 – 1865) a réussi à stopper la fièvre puerpérale qui était la cause d’une mortalité importante chez les femmes. En plein guerre sanitaire, beaucoup de gens ont instinctivement pensé que le gant médical protège contre la contamination et ont commencé confiants à le porter. Pourtant, le gant médical peut propager les germes et contaminer la personne qui le porte. Alors que l’utilisation du gant médical n’est préconisée que pour le personnel soignant.

-Votre gant est l’antivirus, tout trouvé non ?

Pour faire barrière au Covid-19, la communauté universitaire algérienne avait l’obligation de trouver des solutions aux problèmes, les plus compliqués. L’idée du gant désinfectant est récente. C’est pendant l’une des réunions de travail quotidiennes se rapportant au Covid-19 avec le recteur de l’université de Sétif que l’idée est arrivée à un point de maturation. Un gant avec un agent désinfectant qui se libère au toucher des surfaces est une solution idéale. Les mains deviendront le facteur d’élimination du virus partout où elles se poseront, et ainsi freineront la propagation du virus. Le personnel médical aura plus d’assurance surtout dans le service des maladies infectieuses. La phase du dé-confinement de la société deviendra plus sûre et mieux contrôlée.

-Quelle est la spécificité de votre invention ?

Nos gants sont fabriqués à base de matière première à portée de main. Même chose pour les désinfectants utilisés. Le but de l’invention est de sauver des vies. C’est d’ailleurs de cette intention que l’idée est née. Nous souhaiterions aussi que le port de nos gants devienne une des mesures de prévention recommandées par l’OMS.

-Les gants seront-ils produits en Algérie ?

Les techniques de fabrication traditionnelles ou industrielles actuelles feront facilement l’affaire. Avec leur expérience, les entreprises algériennes spécialisées en la matière sont en mesure de les fabriquer. La matière première est aussi fabriquée localement. Les prototypes que nous avons fabriqués, nous les avons faits à la main avec du tissu chiffonné de cuisine local et du tissu en coton. Des gants médicaux peuvent être enfilés en dessous de nos gants pour protéger la peau des mains des irritations dues au long contact avec le désinfectant.

-Que pouvez dire à propos de l’unité de recherche en nanosciences et nanotechnologie (URNN) que vous dirigez ?

Depuis le début du XXIe siècle, la technologie à l’échelle nanométrique, ou la nanotechnologie, se développe de manière spectaculaire. Les produits issus de cette technologie offrent beaucoup plus de confort et de polyvalence et font aujourd’hui partie de la vie quotidienne dans presque toutes les sociétés du monde. La nanotechnologie consiste essentiellement à utiliser des outils de très haute précision ainsi qu’un savoir-faire dédié pour la fabrication de dispositifs à l’échelle du milliardième de mètre (le nanomètre est un milliard de fois plus petit que le mètre), une échelle au-delà de la perception humaine et des connaissances scientifiques et technologies conventionnelles.

En d’autres termes, le monde vit aujourd’hui dans une ère de post-transformation technologique, allant de la micro-technologie à la nanotechnologie. Dans ce contexte, l’Unité de recherche nanosciences et Nanotechnologies (URNN) constitue un support national permanent et un partenaire scientifique et technologique international. La création de l’URNN à l’UFAS est une consécration des efforts conjoints et du soutien de la direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) et du centre de développement des technologies avancées (CDTA). Lancée en 2017, notre entité de recherche ambitionne d’édifier une infrastructure certifiée et homologuée d’une envergure internationale dédiée à la recherche scientifique appliquée et au développement technologique des nanotechnologies expérimentales.

-Quels sont les principaux travaux réalisés par vos équipes ?

Nous avons réalisé plusieurs projets à caractère socioéconomique. Un bon nombre de ces projets ont été couronnés par un produit fini. Les projets tournent autour des solutions électroniques, l’ingénierie inverse, synthèse des nanoparticules, procédés nouveaux de synthèse de matériaux. Pour le moment, nous n’avons pas de collaboration avec des partenaires étrangers. Nous souhaiterions que les conditions s’améliorent pour pouvoir être en mesure de nouer des partenariats gagnant-gagnant.

-Que pouvez-vous nous dire à propos de vos publications et citations de vos recherches ?

Mes nombreuses publications concernent plutôt l’étude expérimentale physico-chimique de la surface de la matière solide. Durant mon travail de thèse au Fritz-Haber-Institut à Berlin, j’ai publié une dizaine de papiers sur les propriétés électroniques et optiques des supports et centres de catalyse à l’échelle nanométrique. L’outil principal de caractérisation est le microscope à effet tunnel (STM). Après mon doctorat, durant un postdoc à l’Institut Max-Planck, à Stuttgart, j’ai publié une thématique récente et très intéressante et qui m’était totalement étrangère. J’ai étudié les dispersions électroniques de surface des «isolateurs topologiques», laquelle est une nouvelle phase de la matière récemment découverte.

Cette découverte a donné un espoir quant à la réalisation rapide de l’informatique quantique et du monopole magnétique, par exemple. Après avoir obtenu un financement conséquent pour mon axe de recherche et être devenu directeur principale de recherche, j’ai continué de travailler aussi sur la réalisation des monopoles magnétiques et sur le graphène. Le graphène est la plus mince feuille qui existe sur terre. C’est une feuille très solide à base de carbone d’une épaisseur d’atome de carbone. Il a des propriétés électroniques, chimiques et mécaniques telles qui laissent imaginer un futur digne des films de sciences fiction.

-Ne pensez-vous pas que le coronavirus COVID 19 a replacé au devant de la scène, les innombrables compétences et potentialités de l’université algérienne ?

Effectivement ! Après l’apparition du Coronavirus, nous avons remarqué que beaucoup de chercheurs et ingénieurs en Algérie ont mis la main à la pâte et des résultats concrets ont vu le jour rapidement. Il y eu de l’engagement, de l’entraide, de la concurrence, des solutions et de la production. Alors qu’avant, on ne voyait pas cet engouement et ce type de résultats et collaboration en un temps record. J’aimerais dire, qu’il se pourrait que durant cette terrible épreuve, les bons ingrédients se sont réunis. Avec une problématique du terrain national bien identifiée, des enjeux clairs, des risques visibles, une société bien informée par les médias appelés à mettre en exergue les travaux et contributions des compétences nationales, les chercheurs algériens sont en mesure de résoudre différentes problématiques.

-Sur quel projet travaillez-vous actuellement ?

A l’URNN, nous sommes concentrés surtout sur deux volets : le premier concerne l’aménagement global de la bâtisse. L’édification d’une infrastructure certifiée et homologuée est indispensable. Une étude a été finalisée dans ce sens et nous espérons que les travaux commenceront durant le premier semestre de l’année en cours. Le deuxième est l’acquisition du matériel de laboratoire et des équipements scientifiques. L’excellent travail réalisé à l’institut Max-Planck de Stuttgart est ponctué par l’acquisition de nombreux équipement scientifiques et du matériel de laboratoire.

Je ne rentre pas à la maison avec une valise mais avec moi un container et demi de matériel dont le microscope à effet tunnel en mesure de fonctionner à une température de -269 °C, où les atomes sont figés et on peut écrire avec. C’est le premier microscope du genre en Afrique. Cet équipement, nécessite aussi un aménagement adéquat pour être utilisé. Je tiens à remercier, le Professeur Aourag, directeur général (DGRSDT), qui n’a ménagé aucun effort pour le dédouanement de ces équipements, lesquels seront d’une très grande utilité pour les membres de l’URNN travaillant encore et toujours sur des projets à caractère socioéconomiques, réalisables avec les moyens de bord.

Propos recueillis par  Kamel Beniaïche